L’HISTOIRE DU BOUDDHISME ET LA CESSATION DES CONFLITS Version imprimable Suggérer par mail
L’ENSEIGNEMENT DU BOUDDHA
ET LA CESSATION DES CONFLITS
Faire la paix avec soi-même, les autres, l’environnement et les conditions.


L’Enseignement du Bouddha est généralement reconnu comme une voie royale vers la paix, car, de quelque côté que l’on se tourne dans les Textes, il n’est en fait jamais question d’autre chose que de pacification. Le Bouddha lui-même et tous les moines ou laïcs réalisés (les arahâ) nous démontrent, par leur vie, la possibilité de parvenir à une telle pacification.
Considérant le nombre important de personnes qui parlent de “paix” et que l’on en arrive à la situation paradoxale, et fondamentalement absurde, consistant à préparer la paix en faisant la guerre, la définition de ce terme est de toute évidence problématique. Dans la mesure où le but n’est pas toujours clairement défini comment est-il possible de mettre en œuvre les moyens pour y parvenir? Dans le bouddhisme le but est par contre sans ambiguïté d’où toute la stratégie libératrice exposée par le Bouddha. Ses enseignements, considérés dans leur globalité, sont tous en interrelation au sein d’un système parfaitement cohérent de pensée et de pratique générant son unité de son but final, la réalisation de la libération de la souffrance, au sens le plus large. Il n’y aurait en fait de véritable paix que dans la réalisation du nibbâna (assimilable, parmi autres connotations, à l’extinction de tous les conflits potentiellement générateurs de souffrance). La paix est donc beaucoup plus que le silence des armes ou l’absence de conflits ouverts, conception rassurante et apparemment confortable mais éminemment illusoire!
Dans le bouddhisme ancien, de langue pâli, deux parmi les différents termes utilisés pour traduire le concept de “paix” sont d’une part santi, englobant plusieurs aspects : paix, tranquillité, calme, pacification, règlement des conflits, et même nibbâna. On le retrouve en français dans “santé” et “sainteté”. («La santé est un état de bien-être, le corps étant libéré de la souffrance; un état dynamique de sérénité et de calme, l’émotion étant libéré de la passion; un état de prise de conscience de la réalité des choses, le mental étant libéré de son égocentrisme. »[1]). D’autre part sâmaggi (concorde) dont on retrouve la racine dans samatha (la pacification mentale) et samâdhi (l’harmonie, l’équilibre mental).
Il est frappant de constater que dans sa formulation le préambule de l’Acte constitutif de l’UNESCO est parfaitement en accord avec l’Enseignement du Bouddha. Ce préambule déclare en effet :
– «Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. ». Équivalent dans l’Enseignement du Bouddha : le Dhammapada [2], dont le tout premier verset peut se traduire ainsi : «L’attitude mentale est le prélude de toutes les conditions. L’esprit les domine, par lui elles sont façonnées.
Le mental est l'avant-coureur de toutes les conditions, le mental est premier, le mental les façonnent. Si un homme parle ou agit avec un mental mal orienté, la souffrance le suit d'aussi près que la roue suit le sabot du bœuf tirant le char. »
– «L’incompréhension mutuelle des peuples a toujours été, au cours de l’Histoire, à l’origine de la suspicion et de la méfiance entre nations, par où leurs désaccords ont trop souvent dégénéré en guerre. ». Équivalent dans l’Enseignement du Bouddha : l’ignorance de la réalité est source de toutes les souffrances et génératrice de haine.
– «Une paix fondée sur les seuls accords économiques et politiques des gouvernements ne saurait entraîner l’adhésion unanime, durable et sincère des peuples et, par conséquent, cette paix doit être établie sur le fondement de la solidarité intellectuelle et morale de l’humanité. ». Équivalent dans l’Enseignement du Bouddha : la voie de la cessation de la souffrance passe par l’adoption d’une éthique solide et la culture dynamique de la sagesse en son propre esprit (méditation).
La source des conflits
Comme l'on pourrait s'y attendre, pour le bouddhisme la source des conflits se situe à l'intérieur de nous-même, dans nos habitudes mentales non habiles et néfastes, plutôt qu'à l'extérieur.
Les problèmes conflictuels surgissent en raison de l'habitude, véritable réflexe mental, que l’on nomme papañca. Ce terme, tout particulièrement délicat à cerner, comprend tout à la fois les sens de : complication, prolifération, exagération, élaboration, distorsion, pensée tournant sur soi-même, réification. Dans la pensée indienne il a possédé une large variété de significations, avec une constante : dans le discours philosophique bouddhique il implique des connotations négatives, généralement de falsification et de distorsion.
Les commentaires des Écritures en pâli le définissent comme recouvrant trois types de pensée : avidité, orgueil et vues spéculatives. Ils notent également que la fonction de papañca est de ralentir l’esprit dans sa conquête de la délivrance du cycle des renaissances, de susciter des distinctions néfastes et des questions inopportunes.
L'esprit, en raison de sa nature ignorante (non éveillée) a tendance à voir des distinctions et des différenciations même au sein de la plus simple expérience de la vie quotidienne, donnant ainsi naissance aux vues et opinions prégnantes de conflits. La racine de ces classifications est la perception «Je suis le penseur». Cette perception se situe à la source car elle interprète le présent immédiat en une série de distinctions : moi/non-moi, être/non-être, penseur/pensée, identité/non-identité, etc. , susceptibles de proliférer en donnant naissance au conflit physique et/ou mental. L'orgueil (le sentiment exacerbé de soi-même) inhérent à cette perception tient ainsi l'esprit en esclavage. Pour se libérer l'on doit examiner ces distinctions, que nous considérons comme allant de soi, pour comprendre que ce ne sont que de simples assomptions, en aucune façon inhérentes à l'expérience, et qu'il est plus salutaire d'abandonner par la pratique de l'attention analytique (sati).
Les bases de l’attitude non violente
Dans le bouddhisme, pour lequel, en dernière analyse, la pacification intérieure par un effort assidu sur soi est seul garante d’une véritable paix durable, au sein de laquelle il n’existe plus ni frustration ni tension, les bases de la conduite sociale non violente consistent en ce que l’on nomme les quatre illimités (ou demeures divines, brahma vihâra), respectivement :
– mettâ, qui est l'esprit de bonne volonté, de bienveillance. C'est également le sens de la gratitude, la patience, sans esprit de blâme. D'une façon générale c'est la faculté de faire la paix avec toutes les conditions, positives et négatives, l'attitude fondamentalement non violente de laisser vivre et évoluer ce qui existe.
– karunâ est la compassion, l'empathie, la faculté de ressentir la souffrance d’autrui. Elle n’implique pas de connotation sentimentale.
– muditâ est l'antidote de la jalousie. C'est la joie sympathique, l'appréciation de la beauté, de la bonté et de la Vérité.
– upekkhâ est l’équanimité, la sérénité, l’équilibre émotionnel, la non-différence qui permet l’amour sans considération de sujet ou d’objet. Upekkhâ se caractérise par une attitude mentale inébranlable devant toutes les conditions mondaines (lokadhammâ).

Il est important de noter qu’à l’inverse de nombreux autres enseignements religieux ou doctrines philosophiques, le bouddhisme ne vouent pas aux gémonies ceux qui “osent” ne pas suivre ses préceptes. Tout bûcher, inquisition ou autodafé, détruirait d’emblée les principes sous-tendant l’Enseignement du Bouddha. Il est vrai qu’au cours de l’Histoire des exactions ont pu être commises par certains “bouddhistes”, mais le simple fait de commettre ces exactions les ont automatiquement exclus de la communauté des disciples d’une façon tout aussi radicale que le fait de mourir nous exclut de la communauté des vivants.
L’enseignement du Dhammapada
Dans le Dhammapada nous trouvons, exposés sous une forme condensée et poétique, par conséquent aisément mémorisable, nombre d’éléments fondamentaux des enseignements du Bouddha. De façon récurrente il y traite de la nécessité impérieuse d’un esprit équilibré et libre de malignité et d’égocentrisme.
– «Il m'a injurié, il m'a maltraité, il m'a rabaissé, il m'a volé. Chez ceux qui accueillent de telles pensées, le ressentiment ne s'apaise jamais. » (verset 3)
– «Dans ce monde, en vérité, la haine ne se détruit pas par la haine. C'est seulement par la compassion que la haine s'éteint. Ceci est un principe ancien. » (verset 5)
– «S'abstenir de tout mal, cultiver le bien, purifier son esprit, voici l'Enseignement des bouddhas. » (verset 183)
– «Heureux vivons-nous sans haine parmi ceux qui haïssent. Au milieu des hommes hostiles demeurons sans hostilité. » (verset 197)
Tout un chapitre du Dhammapada, “le châtiment” (versets 129 à 145) est particulièrement consacré à la culture de la non-violence. On y lit :
«Tous tremblent devant les armes , à tous la vie est chère. Comparant autrui à soi-même, l’on ne doit ni faire violence ni être cause de violence. » (verset 129).
S’engager pour la paix
Le “bouddhisme engagé” fait partie du renouveau spirituel caractérisant le bouddhisme en Asie du Sud-Est, et tout particulièrement en Thaïlande, depuis quelques décennies. Sont directement impliqués des moines de forêt, des nonnes, des responsables d’entreprises et diverses personnalités. Parmi ces dernières le plus connu est sans aucun doute Sulak Sivaraksa qui, toutes proportions gardées, peut être considéré comme le “Aung San Suu Kyi thaïlandais”.
Sulak est en effet le plus actif militant de ce pays, critique du régime en place et théoricien du “bouddhisme engagé” au sein de l’INEB (Réseau International des Bouddhistes Engagés) dont il est l’initiateur. Âgé de soixante-sept ans il a, pendant trente-cinq ans, combiné une œuvre intellectuelle provocatrice avec un infatigable travail sur le terrain en Thaïlande. Il a mis en place des projets de développement rural, de nombreuses organisations non gouvernementales ayant pour objet d’explorer, en Thaïlande et dans le monde, des modèles de développement soutenables, enracinés dans la tradition, et fondés sur l’éthique et la culture spirituelle.
Régulièrement Sulak a été persécuté par les diverses dictatures qui ont gouverné la Thaïlande à de nombreuses reprises depuis 1932. Il a connu l’exil, la prison, les procès, les intimidations, et toutes les difficultés inhérentes à une vie de contestation. Sulak a été nominé à deux reprises, en 1993 et en 1994, pour le Prix Nobel de la Paix. Il est venu en France à la fin de l’année 2000, dans le cadre d’un congrès sur le bouddhisme à L’UNESCO, pour exposer son action qui consiste essentiellement à inclure les principes bouddhiques de base, la compassion et la sagesse, dans les comportements économiques, éducatifs et politiques, dans un esprit de responsabilité globale. C’est ce qu’il nomme le développement de “ariya vinaya”, la conduite noble (ou la conduite des esprits nobles).
«Dans la pensée et la pratique bouddhiques le concept d’ariya fait référence à la qualité devant guider le chemin vers l’Éveil et la vie noble. L’essence de vinaya réside dans la compréhension de la vérité éternelle au sujet du noble chemin. Par conséquent ariya vinaya est un processus dynamique de notre pensée et de notre action, et le mode de vie menant à la plus haute réalisation. C’est une révolution et un combat quotidien pour le changement à l’intérieur de nous-même. Les implications de ce changement sont pertinents à la fois pour l’individu et la société. Cette lutte ininterrompue implique de reconnaître nos traits négatifs telles que l’avidité, la haine et l’ignorance. En termes d’idéal, ariya vinaya est une approche holistique de la paix, du développement, et de la vie en société, fondée sur une conception bouddhique du monde (…)
Ariya vinaya est une vision bouddhique du monde qui est particulièrement pertinente en raison des problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Les problèmes tels que la pauvreté, le sous-développement, la violence structurelle, les guerres, la transformation dans les relations entre l’homme et la nature, et les conséquences du modèle de développement adopté, ne peuvent pas être compris simplement en termes de politique gouvernementale. Il est urgent de reconnaître la crise spirituelle qui engloutit l’humanité. Par conséquent les réponses passeront nécessairement par des moyens spirituels. Il n’est pas obligatoire que vinaya soit statique. C’est également un processus continuel d’introspection qui doit provoquer de nouveaux aperçus et fournir de nouvelles interprétations à nos valeurs et traditions. Ceci permettra non seulement d’en préserver la continuité mais également d’assurer leur pertinence pour notre époque et les situations changeantes (…)
Il n’y a aucun doute que les valeurs de démocratie, liberté et égalité sont ancrées dans nos anciennes traditions. Dans une perspective bouddhique la signification de liberté est beaucoup plus large que l’interprétation occidentale. La notion bouddhique inclut le fait d’être libéré de l’avidité, de la haine et de l’ignorance. Mais de quelle façon pouvons-nous traduire la libération individuelle en termes de liberté collective au sein de nos sociétés? C’est ici que je reconnais les obstacles humains au nom de la religion, de la culture et des systèmes sociaux. De ce contexte naissent la nécessité et la signification de la justice. Cette idée de justice est fondamentale et pertinente pour comprendre le sens de la liberté et de l’égalité dans une société. L’oligarchie aux États-Unis, la démocratie de l’élite en Occident, et l’Inde en tant que plus grande démocratie au monde, sont de pauvres reflets de notre idée de justice dans une démocratie politique. Le combat, par conséquent, ne peut être défini en termes de modernité contre tradition. Dans le combat pour réaliser la liberté, l’égalité et la justice nous rétablissons tout simplement la vérité et la base de vie qui fut déniée à l’humanité ordinaire. Il y a une forme de sacré dans notre reconnaissance de la vérité. La reconnaissance de la souffrance est le début de la connaissance. »
Sulak Sivaraksa vise dans toutes ses actions à impliquer largement tous les responsables religieux, au sujet desquels il est tout particulièrement critique. Lors d’une récente conférence aux Nations Unies il déclarait : «Les responsables religieux peuvent aisément être la proie de l’illusion et de l’arrogance. Fréquemment ces personnalités succombent à la séduction de l’État, de l’argent ou de la gloire, et ainsi ferment-ils les yeux sur les souffrances des pauvres et des personnes marginales. Ils affichent parfois un mode de vie luxueux et ostentatoire. Tout simplement, ils ne vivent pas ce qu’ils prêchent. Si nous devenons de bons compagnons [3] pour de tels responsables religieux ils peuvent redécouvrir les vertus d’humilité et de simplicité et peuvent s’efforcer de réduire leur hypocrisie. Ils peuvent même acquérir un niveau élevé sur le plan éthique et religieux, refusant de faire des courbettes au pouvoir politico-économique. »
Divers groupes d’étude et d’action sont directement affiliés à l’INEB, ces groupes ayant pour but de replacer les valeurs bouddhiques au sein des activités de la société en impliquant directement les communautés laïques et monastiques, chacune dans leur rôle respectif. De nombreux autres organismes (associations interreligieuses, de développement, de chefs d’entreprises, etc. ) collaborent également à ses actions. Tout ceci contribuant à créer un véritable mouvement de régénération au sein du bouddhisme en Thaïlande qui, pour de nombreuses raisons (entre autres du fait de son statut de “religion d’État”) s’enlise lentement dans la sclérose.

Notes
[1] La science de l’homéopathie, Georges Vithoulkas, éd. du Rocher.
[2] Littéralement : “Les Stances de la Doctrine”, ou “Les Fondements de l'Enseignement”. Le plus populaire des textes du Canon Pâli (Sutta Pitaka, Khuddaka Nikâya, 2e division) par ses aphorismes exemplifiant les aspects fondamentaux de l'Enseignement.
Voir : Dhammapada. Les Dits du Bouddha, Centre d’Études Dharmiques de Gretz, éd. Albin Michel, coll. Spiritualités Vivantes, 1993 et Dhammapada. Les stances de la Loi, Jean-Pierre Osier, GF Flammarion, 1997.
[3] en pâli : “kalyanamitta”, c’est-à-dire l’ami spirituel, celui qui exhorte au “Bien” et au “Beau”.

Bibliographie
– Aggi Sutta in Sermons du Bouddha, Môhan Wijayaratana, Cerf, 1988
– Sangâma Sutta et Pabbatûpama Sutta, ibid.
– Sîvaka Sutta, ibid.
– Kakacûpama Sutta, ibid.
– Mahâ Cattârisaka Sutta, in La philosophie du Bouddha, Môhan Wijayaratana, Lis , 2000
– Une source de la non-violence : le bouddhisme, Alternatives Non Violentes, no 111, juin 1999
– Bouddhisme et socialismes, Buddhadasa Bhikkhu, Les Deux Océans, 1987
– Les inscriptions d’Asoka, Jules Bloch, éd. Les Belles Lettres, Paris, 1956
– Violence and Disruption in Society. A Study of the Early Buddhist Texts. Elizabeth J. Harris, Wheel no. 392/393, Buddhist Publication Society, 1994
– Seeds of Peace, publication quadrimestrielle de l’INEB
– The Social Dimensions of Early Buddhism, Uma Chakravarti, Munshiram Manoharlal, New Delhi, 1996
– Buddhism and Peace, K. N. Jayatilleke, Wheel no 41, Buddhist Publication Society, Kandy, 1969
– The Exposition of Non-Conflict, Bhikkhu Ñânamoli, Wheel no 269, Buddhist Publication Society, Kandy, 1979
– Buddhism and Society, Heinz Behert, Wheel no 265, Buddhist Publication Society, Kandy, 1979
– Buddhism and Social Action, Ken Jones, Wheel no 285/286, Buddhist Publication Society, Kandy, 1981
– This Confused Society, H. N. S. Karunatilake, Buddhist Information Centre, Colombo, 1976
Adresses
– Site web de Sulak Sivaraksa : www.sulak-sivaraksa.org/
– Publication : Seeds of Peace, 666 Charoen Nakorn Road, Klongsan, Bangkok 10600, Thailand (courriel : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir )
– International Network of Engaged Buddhists (INEB) : P. O. Box 16, Chiang Mai University P. O. , Chiang Mai 50202 Thailand. (site web : http://www.bpf.org/ineb.html)
– Think Sangha : http://www.bpf.org/think.html
– Buddhist Peace Fellowship, PO Box 4650, Berkeley, CA 94704, U. S. A. (site web : http://www.bpf.org/)

Michel Henri Dufour


INTRODUCTION AU BOUDDHISME
Par Anagarika Darmapala (1907)

La fête du Vesak commémore trois événements essentiels qui concernent le Fondateur de bouddhisme : renaissance, sa réalisation du nibbana et son pari- nibbana (sa mort). Cette triple fête est célébrée le jour de la pleine lune du mois de mai.

Le Bouddha est né dans la cité royale des Sakyas , nommée Kapivalitsu. Sa mère était l’immaculée reine Maya, et son père le Raja Suddhodana de la dynastie solaire d’Ikshvaku. Des milliers d’années avant sa naissance, une prophétie avait été émise selon laquelle un Bouddha allait naître pour sauver le monde. Et, le moment venu, le futur Bouddha qui se trouvait alors dans le Paradis Tusita en qualité de Dieu Svetakatu, les autres dieux lui avaient annoncé que le temps était venu pour qu’il s’incarne dans le but de sauver le monde. Renonçant aux plaisirs divins, le Bodhisatva a pris naissance comme un être humain. Notre Maître lui-même, dans les Ecritures, nous enseigne la nature sublime de l’état de Bouddha. Pour devenir Bouddha, il convient de pratiquer pendant quatre asankheyyas et cent mille kalpa, les dix grandes perfections nommées Paramita. Il y a d’innombrables millions de kalpas, le Bouddha Dipankara est apparu pour sauver le monde, notre Bouddha était né dans une famille de brahmanes d’une immense richesse. Réfléchissant sur la vanité des
plaisirs, il a fait charité de tout ce qu’il a reçu de ses parents, un héritage accumulé de sept générations. Il s’est vêtu de l’habit d’ascète, partit en solitaire dans l’Himalaya pour y pratiquer les Dhyanas et les Samapattis. Quand il a réalisé les cinq pouvoirs phénoménaux de transcendance, il était en mesure d’accomplir des miracles. Un jour, il a entendu que le Bouddha Dipankara visitait la ville de Rammanagar, où il se trouvait lui-même, il en fut très heureux, et décida de le rencontrer. Après la rencontre, le futur Bouddha fit connaître sa détermination à atteindre le sommet glorieux de l’état de Bouddha, dans le but de sauver les entités vivantes.
Le Bouddha Dipankara qui voyait dans le futur a déclaré que ce grand ascète , après des millions d’âges à traverser, deviendra un Bouddha, qu’il sera nommé Gautama, que sa mère sera connue du nom de Maya, que son père sera le Raja Suddhodana, que son épouse sera la princesse Yasodhara de laquelle il aura un fils, et qu’il renoncera à tout pour sauver le monde. Ce jour-là, le grand ascète connu sous le nom de Sumedha Tapasa déclara qu’il pourra atteindre le nirvana
mais sa grande compassion triompha sur le désir de quitter en silence cette vie vers la félicité suprême du nirvana. Le « Patisambhida »accentue la compassion absolue du Bouddha qui, voyant les souffrances sans limite du monde, se plongea dans l’océan du samsara, s’investit vie après vie en pratiquant la charité absolue, observant les vertus supérieures de la vie parfaite, renonçant à tous les plaisirs des sens, acquérant la sagesse, s’investissant avec acharnement, ne prononçant jamais de mensongères paroles, indulgent et patient, développant une volonté ferme, exprimant un amour absolu ainsi qu’une équanimité à l’égard de tous. Les Jatakas donnent un compte-rendu biographique de ses naissances antérieures, chacun présente une paramita qui a été pratiquée pour la recherche de la réalisation de l’état d’Anuttara Sammasambodhi. Quelle que fût l’action accomplie par le Bodhisattva, et le nom s’applique à quiconque aspire à atteindre l’état de Bouddha, c’était avec la volonté ferme de sauver le monde. Aucun être apparu sur cette Terre en dehors du Bouddha n’a consenti tant de sacrifices pour le salut du monde. De là, le grand amour que l’on conçoit facilement dans le cœur à la lecture des « neuf portions » des écritures bouddhiques.
De nombreux astrologues brahmanes avaient prédit que le Prince qui portait le nom de Siddhartha sera un jour un grand conquérant dans le monde, un chakravati , ou un Bouddha. Le roi donna l’ordre que soit construite une résidence pour chacune des saisons indiennes. À l’âge de seize ans le prince fut marié avec sa propre cousine la Princesse Yasodhara connu pour sa beauté éclatante au nom de Bimba Devi. Au milieu du luxe royal, le prince mena une vie de faste jusqu’à sa vint-neuvième année. Au-delà de ces jardins de divertissement et l’expérience de la vie de royauté et du tout confort et des plaisirs, le prince Siddartha ignorait ce qui se déroulait à l’extérieur. Le jour où la princesse Yasodhara alla enfanter, le prince Siddartha accompagné par son cocher royal se dirigea vers la ville pour y voir la décoration pour l’occasion. Il est dit que les dieux, sachant que le jour du Grand Renoncement était arrivé, créèrent quatre scènes susceptibles de faire réfléchir le Prince sur les malheurs de l’existence humaine et la délivrance de celle-ci. Le spectacle d’un vieil homme, d’un homme malade, d’un mort et d’un ascète. Ces quatre phénomènes observés, le Prince pour la première fois de sa vie interrogea le cocher. Son ami lui expliqua que l’être humain qui prend naissance est destiné à la vieillesse, la maladie et la mort. Le quatrième spectacle qu’il observa était plaisant : c’était une figure vénérable habillée en robe jaune, un ascète radieux sur son chemin. Réfléchissant sur les grâces qui accompagnent la vie de renoncement absolu, le Prince prit la ferme décision de quitter le palais le même jour. Sur le chemin de retour au palais, le Prince rencontra des messagers du roi qui lui annoncèrent que la princesse son épouse avait mis au monde un garçon. Quand il entendit le message, le Prince cria «Rahula » : un lien. Et, ce mot devint le prénom du nouveau-né. Cette nuit-là, le prince réalisa un renoncement qui n’a point de parallèles dans l’histoire du monde. Une jeune épouse, un bébé qui vient de naître, un père, un royaume de confort, à tout cela, le prince a renoncé en faveur de tous les êtres vivants. Son renoncement pour l’amour de ceux qui souffrent, a été accentué par un renoncement supérieur qu’il avait décidé de nombreux vies antérieurement, de l’époque Bouddha Dipankara. Pour l’amour des êtres humains, le Bodhisattva avait renoncé au nirvâna pour connaître la mort des millions de fois jusqu’à quitter enfin son paradis afin de venir en aide aux entités humaines, divines et animales. Le renoncement et la vie active de compassion absolue et de sagesse nirvanique constituent les caractéristiques essentielles de la vie du Bouddha. Le prince ascète quitta Kapilavastu et les territoires des Sakyas marchant à pied jusqu’à la ville de Rajagriha pour solliciter de la nourriture. Sa silhouette majestueuse, son aspect plus que divin attira l’attention des citadins, des messagers avertirent le roi Bimbisara de l’arrivée d’un personnage inconnu. Après avoir obtenu de la nourriture, le prince ascète alla au roc des Pandavas dans les environs de la ville, où il s’assit pour manger. Le roi et ses ministres vinrent à sa rencontre et l’interrogèrent sur son identité. L’ascète leur révéla qu’il était éteint prince Sakya de la race d’Adityabandhu, qu’il renonçait aux plaisirs mondains après qu’il eut discerné leur futilité ; et, devenant ascète il réalisa la paix suprême. Le roi qui était de cinq ans plus jeune que le prince, lui demanda alors s’il acceptait la moitié de son royaume ; ce que l’ascète refusa. De Rajagriha, celui-ci a lâché les maîtres brahmanes Alarakalama et Uddaka Ramaputta qui avait atteint les deux Lokas. Le prince n’était pas satisfait de leur conception du bonheur. Là où perception et sensations agissent, il ne peut y avoir de bonheur permanent, et il trouva qu’après expiration de 84 000 kalpas d’existence dans le royaume du Nevasanna nasanna, l’être vivant devrait renaître sur cette Terre. La conception d’un nirvana absolu était jusque-là non découverte, et les aspirants religieux coupaient leurs liens familiaux, et partaient mener la vie de moine errant (Anagarika Brahmachari). Ayant échoué à réaliser la paix suprême nirvananique selon les méthodes des Arassyakas, l’ermite Sakya pratiqua les formes les plus terrifiantes d’ascétisme physique six ans durant en compagnie de cinq bhikkhus brahmanes. Pénitence et jeûne étaient pratiqués sous leur forme la plus extrême au point que le prince était devenu très émacié et proche de la mort en dépit de témoins célestes qui veillaient sur lui. Un jour, il tomba dans un état d’inconscience, et lorsqu’il se réveilla, il subit une telle douleur qu’il renonça à la mortification et l’auto torture.
Ni la sensation plaisante, ni la vie semi- perceptive d’un bien-être de solitude, ni non plus les douleurs de la torture qui mènent à un état d’inconscience, n’ont apporté la paix à l’esprit analytique au Prince Sakya. Il jeta un regard sur l’enfance qu’il menait dans le palais, et trouva que, mené à l’écart à la fois de l’ascétisme et de la sensualité, elle était appropriée. Il est intéressant pour un étudiant en psychologie infantile, de souligner la base de cette grande découverte qui a abouti à la promulgation de la Religion Universelle, posée par le prince Sakya sur l’expérience d’enfant qu’il a connue personnellement dans son enfance. Un enfant peut-il vivre sans nourriture ? peut-il supporter les sensations excitantes d’une jeunesse attachée aux plaisirs ? la nourriture prise en quantité modérée était nécessaire pour vivre, et une conscience saine indispensable pour expérimenter l’intérêt de la paix. Par conséquent, après réflexion, le Bodhisattva abandonna la vie d’ascétisme mortifiant, et commença à prendre de la nourriture en quantité modérée. Le Bodhisattva mena alors une solitude sylvestre , et adopta la Voie du Milieu, non loin de la rivière couleur argentée de Neranjara l’actuelle Lilajan. L’ermite Sakya était assis à l’ombre de l’arbre Ajapala Nigrodha, le jour de la pleine lune du mois de Vesak, quand la servante du chef du village, Sujata, vit l’aspect majestueux de l’ermite. Elle le prit pour le dieu de l’arbre, et partit en informer le chef du village. Puis elle fit un vœux d’offrir au dieu présumé un bol de lait avec du riz que la servante prépara. Puis elle alla ouvrir le bol.
Il prit le bol et bénit Sujata. Quand celle-ci fut partie, il se leva et se dirigea vers la rivière pour se baigner ; il mangea la nourriture. Après une sieste, il alla vers le lieu sacré de l’Arbre de Bodhi. Face à l’Est, le Bodhisattva s’assit sur l’arbre, déterminé à ne pas abandonner sa position avant de devenir Bouddha omniscient. Au milieu de cette nuit de la pleine lune, le Bienheureux obtint l’introspection divine, et à l’aube devint Bouddha Omniscient. 10 000 mondes ont été submergés de sa radiation, la Terre a tremblé, la nature s’est couverte de joyeux apparats, les infirment se mirent à marcher, les aveugles à voir, les muets à parler. Dès lors, les puissances des ténèbres ont été heurtées par celle de la lumière salvatrice de tous les êtres. Le Seigneur Bouddha passa sept semaines près de l’arbre de Bodhi dans la béatitude de l’émancipation nirvanique. En effet, Buddha-Gaya est devenu un lieu sacré pour les centaines de millions de bouddhistes. La septième semaine, alors qu’il se trouvait ainsi à l’ombre de l’arbre Ajapala le Brahma Sahampati supplia le Bouddha de prêcher le Dhamma, et le Bienheureux vit par son œil divin que les gens étaient prêts à recevoir la vérité du Dharma C’est pourquoi il poursuivit son chemin vers Isipatana à Bénarès pour y rencontrer les cinq bhikkhus brahmanes qui étaient prêts pour l’œil de la Vérité. Et le jour de la pleine lune du mois d’Asalha il leur enseigna la Doctrine de la Voie du Milieu qui évite les deux extrêmes : de l’ascétisme douloureux et de la sensualité, énonçant les Quatre Nobles Vérités et le Noble Chemin Octuple. L’ascétisme cruel des yogis et les plaisirs de l’hédonisme de Vama Narga du Kama yoga furent condamnés comme ignobles par le Bouddha et comme dépourvus de tout intérêt. Pendant quarante-cinq ans, le Seigneur a enseigné la Doctrine qui peut se résumer dans ces quatre lignes :
Sabba papassa akaranam,
Kusalassa ajasampada,
Sachitta pariy adapanam,
Etam Buddhanasasanam

« Eviter tout mal,
développer le bien et le vrai,
purifier votre cœur.
Voilà l’enseignement des Bouddhas »

Le Noble Chemin Octuple contient l’essentiel des analyses scientifiques, des aspirations élevées sans la volonté d’intérêts personnels, paroles sympathiques et vraies, éviter la calomnie et le mensonge, agir dans la droiture, ne pas détruire la vie, ne pas voler ni consommer des intoxicants ; gagner ses ressources de manière légale en évitant tout bénéfice condamnable ou profit interdit ; s’efforcer sans relâche pour s’écarter de tout mauvais chemin en renforçant en soi toute qualité louable ; purifier le cœur en détruisant les erreurs de l’égoïsme par un processus de vigilance continue agissant sur les quatre plans de métabolisme objectif est subjectif ; la concentration correcte qui conduit à l’état de sainteté et à la réalisation du nirvana. Ces huit principes de vérité absolue se classent sous d’autres catégories nommées les 37 Bodhi Pakkhiya Dhamma.
Le Thatagata est apparu un moment où l’Inde se trouvait au zénith de sa prospérité et de son progrès. Le pays était alors le centre du monde au point de vue spirituel. Des spéculations au sujet de : «d’où viens- je, où irai-je, qui suis-je » étaient à la base des différentes écoles philosophiques. Le sacrifice animal et le ritualisme étaient rampants. L’on sollicitait le paradis en suppliant les dieux. Le système des castes était sujet de discussion, et n’était pas totalement établi. L’opinion se trouvait divisée. Les prêtres affirmaient qu’ils étaient « l’œuvre du Créateur», et par conséquent, qu’ils devraient être soutenus. L’égoïsme des auteurs du système des castes était condamné par le Bouddha dans plusieurs Suttas importants du Digha et du Majhima Nikaya . Le Seigneur béni était venu en fait comme un sauveur qui transmet l’amour-compassion à tous les êtres vivants. Du vers chétif au plus élevé des hommes, tous étaient concernés par sa compassion divine. Par sa bienveillance et sa sagesse, il gagna tous les cœurs. Sa voie à vibrations douce évoquait celle de l’oiseau Kurawika. Il fit que les hommes et dieux abandonnent leurs idées erronées et hérétiques.
Il a enseigné l'importance capitale du dévouement. Il a proclamé la doctrine de l'analyse scientifique. Avant d'accepter tradition, révélations, dogme soutenu par la logique et analogie, les propos des saints et des magiciens, il convient de les tester par le creuset de la Causalité scientifique. C'est uniquement quand ses effets sont bénéfiques que l'on devrait accepter la doctrine.

Pour la première fois, la doctrine du Karma qui demeurait jusque-là un secret confiné aux philosophes de l'Arannyaka, a fait le principe de base de l'évolution de l'individu. La doctrine du Karma dans son ensemble a été énoncée par le Bienheureux, et les erreurs des 62 croyances ont été mises en évidence. À la place de la métaphysique, de la théologie matérialiste et des enseignements fatalistes, le Seigneur a promulgué la Loi de l'Origine Dépendante. La vie ne peut être ni annihilée ni créée. Dans le processus cosmique, rien n'est permanent. L'annihilation et la permanence des choses sont toutes deux ridiculisées dans le Dharma de notre Seigneur. Toutes les choses sont changeantes: aussi bien la matière que l'esprit sont sujets aux changements et au déclin. Un métabolisme constructif et destructif est un processus cosmique naturel. Il n'y a pas de début connu d'une vie individualisée la théorie de l'absorption et de l'émanation qui est une doctrine cardinale de certaines philosophies panthéistes, est expliqué dans la cosmologie du bouddhisme. Au commencement de chaque Mahakalpa, les êtres descendent sur cette Terre à partir du Abliassara Brahmaloka. Ils sont, dans l'état primitif, étherique. Avec l'évolution de leurs désirs, ils sont devenus matériels et malsains. À la destruction de l'univers, les êtres humains et les animaux qui se trouvaient sur cette Terre renaîtront tous dans l'Abliassara. A la grande dissolution, mêmes les enfers sont détruits. Dans le bouddhisme, il n'y a pas un éternel enfer et paradis. Après de longs âges ils disparaissent. Mais le disciple du Bouddha ne sollicite pas être dans le processus cosmique, ni naître dans une existence conditionnée et éphémère. Il aspire à réaliser (Ajatam, Abhutam,Akatam et Asankhatam) la non-renaissance (ou l’état du non-né), le non-matériel, le non-créé et le non-conditionné voire le Nirvana.
 

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